Sans doute, seriez-vous fort surpris si on vous disait que dans certaines sociétés, le nom est né d'une procédure mise
en place sous le signe du hasard. Ainsi l'auteur Lévi-Strauss évoque les noms " ombilicaux " donnés au nouveau né : " aussitôt que l’enfant est né, mais avant la délivrance du
placenta, une personne qualifiée exerce une traction sur le cordon ombilical, tout en énumérant d’abord les noms masculins de la lignée paternelle, puis les noms féminins, enfin les seuls noms
masculins de la lignée paternelle. Le noms qui se trouve être prononcé à l’instant où le placenta tombe sera celui porté par l’enfant " (1962, p. 244). Cf. LEVI-STRAUSS (Claude),
La pensée sauvage, Paris, Plon, Collection Agora, 1962, 347 p.
À partir d’observations faites lors d’un séjour qu’elle effectua chez les Arapesh,l'anthrolologue Margaret Mead Mead note que la nomination de l’enfant intervient dans les conditions
suivantes : " Quand il sourira en regardant son père, on lui donnera un nom, celui d’un membre du clan paternel " (1963 p. 34). Cf. MEAD (Margaret), Mœurs et
sexualité en Océanie, Paris, Plon, Collection Terre Humaine, 1re édition 1928, pour la présente édition, 1963a, 526 p.
La création du nom se conjugue de bien curieuse manière d'une société à l'autre. L’anthroponyme se décline de manière différente
suivant la structure sociale du groupe dans lequel il est mis en place. C’est bien souvent autour de la chaîne généalogique que s’articulent les différents modes présidant à la création du nomen et
de sa transmission. Certains groupes sociaux vont utiliser des systèmes dits " de corde ", soit un lien qui " groupe un homme, sa fille et les fils de sa fille ou bien une femme, son
fils et les filles de son fils " (Mead, 1963a, p. 182), d’autres diront le nom à travers le teknonyme ou le nécronyme, entre autres anthroponymes. Enfin pour tel ou tel groupe, le nom
donné à l’individu vivant dans une société de type matrilinéaire sera un matronyme et pour un individu vivant dans une société de type patrilinéaire, un patronyme. C’est ce dernier cas de figure
qui est encore en cours, actuellement, dans la société française malgré la nouvelle loi relative à la transmission anthroponymique. Cf. Marcienne Martin, Le pseudonyme sur
Internet, une nomination située au carrefour de l'anonymat et de la sphère privée. L'Harmattan Editions - September 2006.
Pluriel et singulier, l'homme se raconte à travers mythes, noms et symboles.
Par Marcienne Martin
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